Ouille, ça fait mal...

Un évènement aussi innatendu que non désiré

Nous quittons donc Villefranche-sur-Mer, un certain 11 janvier 2011, pour atteindre les "Cinque Terre".

120 miles prévus (1 mile = 1852 m), Yol et nous nous sentons parés pour une navigation plus longue que les précédentes...

La nuit est tombée. Le pavillon de courtoisie italien s'énerve un peu.

Nous faisons du grand largue, voire du vent arrière.

Une mer croisée rend la navigation peu confortable ; nous décidons de réduire la voilure  : 2 ris pris dans la Grand-voile et le Génois roulé, nous devrions ainsi être assez peinards pour cette nuit...

Même avec la réduction, Yol file plutôt bon train, quelque peu malmené par le désordre des vagues...

   
Hum !...
Hum !...

19:00 environ. Un empannage accidentel, subit, violent.

Je suis à la barre.

Ismaël hurle.

Nazmiye, assise dans le cockpit, la tête versée en arrière, est inconsciente...

 

Un "MAY DAY" lancé, les enfants veilleront sur leur maman jusqu'à l'arrivée des secours ; tandis que Yol fait désormais route vers le port le plus proche, Sanrémo, barré par le pilote automatique.

(merci à la "chose", oh combien précieuse, et surtout à Pascal, l'installateur de cette chose !...).

 

Il faut attendre deux à trois heures pour qu'une équipe de secours nous rejoigne et monte à bord.

Il est à peu près 24:OO ; une autre équipe soignante de l'ospedale (hôpital) de Sanrémo nous attend sur un quai du Porto Vecchio, face à la Capitanaria. Nazmiye va rapidement être hospitalisée.

 

Fatigué, un peu sonné, le reste de l'équipage finit par se réfugier dans la cabine avant, triste et inquiet, mais un peu rassuré de savoir la "Cap'taine" sans doute bien prise en charge.

Entouré des enfants qui se sont rapidement endormis, je finis par ressentir un soupçon de quiétude, ce qui me réconforte un peu...

J'aurais pourtant aimé que Morphéeme prenne et me berce aussi dans ses bras...

 

 

Mais voilà, mon esprit est en effervescence. Pensées, ressentis, angoisses, tout se bouscule dans ma tête !

Outre l'inquiétude concernant l'état de santé de Nazmiye, c'est ma part de responsabilité ainsi que les conséquences dramatiques possibles qui m'oppressent.

Je la revois, sans connaissance, assise sur le banc tribord du cockpit puis allongée, la tête posée sur les genoux d'Ismaël, lequel se montrera -les mots sont pesés- vraiment exemplaire !

Je ré-entends mon Selim, non moins courageux et perspicace, me hurler sa supplique : "Papa, fais un may day,  fais un may day papa !..."

La qualité de la prise en charge avec une veille VHF permanente tellement réconfortante, un contact radio rassurant avec un médecin français, des directives au fur et à mesure du déroulement des opérations de secours, une fusée parachute lancée, les premiers gyrophares bleus apperçus dans la nuit et se dirigeant vers Yol, les premiers soins prodigués en mer, et Nazmiye alors installée et maintenue dans une civière "coque" (contention tête/colonne vertébrale) et ce malgré l'exiguïté des lieux et les mouvements désordonnés du bateau... Chapeau bas, Messieurs !

Egalement, l'appontage à Sanrémo,sur un quai loin d'être désert : une équipe soignante, des personnes en uniforme ou pas, un photographe se gavant des faits...

Je revois encore Nazmiye, avalée par l'ambulance, puis partir.

Enfin je me souviens avoir répondu mécaniquement à une personne en uniforme, sans doute officielle du port, et lui avoir confié nos papiers...

Mais je ressens encore également l'extrême chaleur d'un homme, se tenant un peu à l'écart du groupe, s'inquiétant avec bienveillance sur mon état et celui des enfants,... quelques mots échangés dans un français très bien maitrisé : "Donnez-moi votre numéro de téléphone, je me rends à l'hôpital et je vous rappelle pour vous donner des nouvelles de votre épouse..." Ce qu'il fera effectivement un peu plus tard...

Je l'apprendrai les jours suivants, cet homme est en fait le Président du Yacht Club de Sanrémo- Monsieur B. Zaoli- qui a mis, à disposition des secours, le matériel pour venir à notre rencontre en mer (semi-rigides). Son fils, également, faisait partie de l'équipe ; c'est d'ailleurs lui qui prendra en charge Yol pour nous amener à Sanrémo.

 

Ces dernières pensées, venant s'ajouter à la douce chaleur que dégagent les enfants endormis, finissent par faire taire les démons qui me hantent alors ; Morphée m'invite enfin à me blottir dans ses bras, me permettant ainsi de m'échapper d'un véritable cauchemar éveillé.

 

 

Familles et amis... ah... si vous n'étiez pas là !...

Ce sera au tour de Martine et Pascal (une de mes sœurs et mon frère) de venir à notre secours... Une bénédiction !!... Nous nous retrouverons, tous les cinq, quelques jours dans un petit appart.-hotel de la Residence Dei Due Porti... Providentiel !

 

Au bout d'une semaine d'hospitalisation, l'état de santé de nazmiye me préoccupe : toujours très gênée par des séquelles neurologiques invalidantes, sa récupération est bien lente... Je dois pourtant répondre aux messages et appels de familles et amis inquiets, tenter de rassurer tout le monde. 

 

Martine et Pascal repartiront avec les enfants, qui seront royalement pris en charge chez Martine dans un premier temps, puis chez leur mamy, à l'Houmeau (du côté de La Rochelle).

 

Nazmiye, quant à elle, finira par quitter l'ospedale de Sanremo le lendemain, l'ensemble des examens se révélant négatifs. Mais ne parvenant toujours pas à se tenir sur ses jambes sans risquer de tomber, après un contact téléphonique avec un médecin de Mondiale Assistance, elle sera admise le lendemain, aux urgences de l'hôpital de Nice.

 

 

Après six jours de soins et d'investigations, nous regagnons enfin Lyon où nous serons accueillis chez Canan et Ali, un couple de copains, puis Saint Pierre de bœuf, chez les parents de Nazmiye.

 

 

Notre escale se prolonge...

Toute la famille est heureuse de notre présence parmi eux, aux petits soins pour leur fille ou frangine...

 

 

Mais déjà, pour un projet qui tient à cœur au papa de Nazmiye – reconstruire à Degirmen Kaya Köyü, son village natal en Turquie, une modeste maison qui doit remplacer la demeure familiale détruite – toutes ses pensées et préoccupations prennent une nouvelle orientation : trouver les moyens financiers, humains pour entamer les travaux au plus vite.Selon son désir, cette maison doit être prête à accueillir, et ce dès le mois de juillet de cette année.

Il s'envole donc de St Etienne le 21 mars, pour Ankara.

 

Hospitalisé pour une mauvaise bronchite, son état va hélas vite se dégrader...

 

Nazmiye et Osman, son petit frère, se rendent sur place ; un rapatriement sanitaire s'impose. Malgré les démarches entamées et toute l'énergie employée, leur papa, le "Dede" d'Ismaël et Selim, décèdera dans la nuit du 16 au 17 avril 2011.

 

Particulièrement affectés par ces évènements, repartir en navigation nous demande beaucoup d'énergie...

D''autant plus que nous repartons sur un Yol quelque peu "amoché", même s'il a été réparé, encore une fois, avec l'aide toujours aussi précieuse de mon frère Pascal.

 

 

Que s'est-il donc passé ?

 

Le 15 avril dernier, Nazmiye revenue de Turquie, toute la petite famille retourne sur Sanremo et sommes enfin de retour dans notre maison (flottante)...

Malgré notre arrivée de nuit, nous devons rapidement constater de sérieux dégats sur Yol... et déplorererons avec plus de précisions leur ampleur le lendemain, à la lumière du jour : disparition d'un des panneaux solaires, les chaumards avant et arrière tribord arrachés, le taquet à tourner arrière tribord tordu, une amarre disparue, le portique bien endommagé avec plaque inox tordue, montant dessoudé, déformé, profondément frotté et rayé...

 

 

 

et puis bien-sûr, comble de l'horreur, nous apprendrons le décés du papa de Nazmiye, la nuit suivante...

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Pascal (samedi, 02 juillet 2011 23:57)

    Quelle journée que celle du 11 janvier ! Heureusement, elle commence à ne plus être qu'un mauvais souvenir...

    Quant au 17 avril, ainsi va la vie. C'est un événement qui construit son homme... ou sa femme. On pleure beaucoup. Puis la vie continue...